Commémoration des 80 ans de l'appel du 18 juin

Commémoration des 80 ans de l'appel du 18 juin

Célébré chaque année depuis 1941, l'appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle est devenu un symbole du refus de la défaite et des conséquences dramatiques de l'armistice. Nous commémorons aujourd'hui les 80 ans de cette date particulièrement chère à notre établissement. Malgré les circonstances exceptionnelles, chacun et chacune ont tenu à participer à cet émouvant et important anniversaire. Merci à eux pour leurs contributions qui nous permettent de nous souvenir, ensemble, de ce moment historique.

  1. L'adresse de Didier Devilard, Proviseur
  2. La participation musicale de nos élèves
  3. L'appel du 18 juin revisité par nos élèves d'options art & théâtre
  4. Le parcours du Général de Gaulle illustré par nos élèves (cours histoire géographie)
  5. L'hommage de Brigitte Williams, Déléguée Grande Bretagne de la Fondation de la France Libre
  6. Un lycée en guerre, par Eric Simon, écrivain et producteur de radio
  7. Le prix littéraire Charles de Gaulle au LFCG
  8. Red Arrows et Patrouille de France

 

L'adresse de Didier Devilard, Proviseur

 

La participation musicale de nos élèves

 

La Marseillaise est interprétée par Olivia Busslinger 

 

Le chant des partisans est interprété par Joséphine Potter

 

 

L'appel du 18 juin revisité par nos élèves d'options art & théâtre 

 

Le parcours du Général de Gaulle illustré par nos élèves (cours histoire géographie)

 

 

 L'hommage de Brigitte Williams, Déléguée Grande Bretagne de la Fondation de la France Libre

 

 

"Suite à ma rencontre de marins Français-Libres restés à Londres, j'ai pu découvrir, à leurs côtés, cette période historique importante et passionnante: “l’Epopée glorieuse de la France-Libre”.. Après leur disparition, j'ai souhaité m'engager pour perpétuer la mémoire de ces anonymes de la Grande Histoire dont la participation à ces événements fut capitale.

Grâce à la passion qui m'animait, je suis parvenue à mon but, 13 ans après l'avoir entrepris : honorer mes amis ainsi que leur chef, le général de Gaulle. C'est ainsi que les vitrines et bornes interactives ont été créées au Lycée, financées par la "Fondation de la France-Libre" et (dont) le contenu des bornes a été alimenté par la Fondation Charles de Gaulle. Il y a 10 ans, pour le 70ème Anniversaire de l’Appel, ce projet était inauguré le 11 Juin 2010. Alors déléguée pour la Fondation de la France-Libre, j'étais heureuse de pouvoir offrir ce cadeau au Lycée : un lieu de Devoir de Mémoire pour les élèves, professeurs et visiteurs qui peuvent ainsi apprécier le contenu des vitrines.

Vitrine CDG Hall 35  

C’est donc toujours avec grande émotion que j’inaugure une vitrine chaque année, car chacune rappelle le prix payé par le général de Gaulle et celles et ceux, tout jeunes qu'ils étaient, qui avaient répondu à son Appel. La création de chaque vitrine est un travail de recherche qui s'étend sur 3 à 4 mois une fois le sujet/thème choisi. Je vis dans l’émotion de ces moments-là et je m'en imprègne afin de raconter leur histoire avec des photos sous-titrées qui se lit comme un Storyboard.
Ce qui est émouvant et qui m'intéresse le plus dans ces parcours, c'est l'aspect humain, l'émotion, le sacrifice que ces personnes ont connu.
Par exemple ce que beaucoup de personnes oublient et pour la plupart ne connaissent pas, c'est que lors de son départ de France, le général de Gaulle est devenu Traître à la Nation, passible d’exécution et a vu toutes ses propriétés confisquées. Il est ainsi parti en laissant sa famille en France et en craignant bien évidemment pour elle. Il en est de même pour tous les français-libres, marins mais surtout aviateurs, qui devaient alors prendre une autre identité, leurs familles étant exposées à de trop gros risques s'ils venaient à être pris. Imaginez cette double charge émotionnelle : loin du pays et de la famille tout en risquant leurs vies!

Nous devons beaucoup à nos alliés mais je me permets, de temps en temps, de rappeler ce prix que les français, venant les aider ici en Grande Bretagne en défendant ce pays aussi, ont dû payer."

la france libre fleurs gp

 

Un lycée en guerre,

par Eric Simon, écrivain et producteur de radio

 

Au début de la guerre, Mme Thérèse Oakshot, agrégée d'histoire, dirigeait les études du lycée. Mariée à un Anglais, c'était une personne assez fine, toujours élégante et qui parlait la langue de Shakespeare avec un fort accent français. Sévère, elle était néanmoins très aimée de ses élèves qui étaient maintenant, du primaire au secondaire, un peu plus d'une centaine. Effrayée par les bombardements qui pourraient atteindre Londres, en accord avec ses autorités hiérarchiques, Mme Oakshot fit d'abord évacuer son lycée à Cambridge, ville qui subira de sévères bombardements. C'est alors que l'établissement reprendra son chemin d'exil pour arriver sur les bords du lac Ullswater, dans le Cumberland, au-dessus de Liverpool. Région montagneuse et verte, ayant la réputation d'être la plus arrosée d'Angleterre, la région des Lacs est pourtant magnifique. Il faut la parcourir en automne sous le ciel de l'été indien et en hiver lorsque les lacs et la forêt brillent sous le gel et le soleil. Les parcelles de terrains sont séparées par des murets de pierre. En marchant, on se retrouve assez vite dans l'atmosphère du roman d'Emily Brontë Les Hauts de Hurlevent. C'est un pays de légendes où la nuit sortent les fées, les diligences fantômes et les lutins, gardiens des trésors d'antan. 

En 1940, lorsque les professeurs et leurs élèves, toutes nationalités confondues, Tchèques, Polonais, Belges, Américains, Arméniens, Irlandais et Français, s'installent dans le Cumberland, la guerre dans ce paysage campagnard et boisé semblait lointaine. De nombreux lycéens avaient sans doute lu les contes de Miss Potter, comme Les Aventures de Pierre Lapin ou Le Petit Tailleur de Gloucester.

Margaret Hind, ancienne élève, dix ans en 1940, se souvient: " J'avais quitté la France avec ma famille en septembre 1939, après le décès de mon père, expert-comptable, travaillant pour une firme anglaise installée à Paris. Nous habitions Saint-Cloud et je vous avoue que ce fut un choc de quitter mes petites amies et mon environnement. De plus, j'allais vite me retrouver loin de ma mère et de ma soeur. Ce fut très dur mon arrivée au lycée… Ma grand-mère m'avait accompagnée dans le train. À l'époque le trajet était d'une durée de douze heures. On s'arrêtait souvent pour laisser passer les transports de troupes. Au début, je détestais cette école, mais je m'habituerai doucement. Les filles étaient logées à Rampsbeck dans une maison bourgeoise, avec un hangar à bateaux, des dépendances, une véranda. Nous étions deux filles par chambre, sans chauffage. On se réchauffait avec des bouillottes. Nous avions droit à un bain par semaine. Chaque jour, il y avait deux heures d'études obligatoires, une avant le dîner et une autre après. On se retrouvait l'hiver devant le feu de cheminée de la salle commune. On se débrouillait… ".

Ainsi allait la vie du lycée. Les élèves participaient à des promenades dans la campagne. Les scouts et les guides leur apprenaient les jeux de piste, la vie au grand air. La nourriture était certes rationnée, mais on pouvait manger des légumes, du poisson du lac et beaucoup de gibier. Les garçons habitaient au bout du lac, à Waterfoot Lodge, un grand chalet. A la fin du premier trimestre, ils prendront leurs quartiers à Ravenscragg. Les garçons de terminale vivaient chez l'habitant, dans les fermes. Très stricte en la matière, Thérèse Oakshot admettait que les grandes classes puissent être mixtes, mais elle s'arrangeait pour que les cours de récréation soient strictement séparées. Pourtant, le samedi, on organisait des soirées dansantes. Dans les grandes classes, les filles seront obligées de faire trois miles chaque jour dans les deux sens pour prendre leurs cours chez les garçons. Les parents venaient rarement rendre visite à leurs enfants qui, aux vacances, passaient des moments merveilleux dans la région. Jadis, autour de Ullswater, Beatrix Potter écrivit ses contes et William Wordsworth ses poésies. L'hiver, on faisait du ski et de la luge sur les pentes. Les professeurs enseignaient aussi bien que dans une classe chauffée de South Kensington.

Les anciens parlent d'eux toujours avec admiration. Ils se souviennent du censeur, M. Hughe qui vivait à Waterford avec son épouse et ses deux filles handicapées, de Mlle Béguin, la professeure de maths aux idées féministes, de M. Laurent, le jeune enseignant de physique, de M. Salaun, le maître d'anglais et de géographie, de Mlle Dorelle et de ses cours d'espagnol. Sur l'album de photos du temps passé, il y a aussi Mlle Belange, l'enseignante de français qui connaissait par coeur les poèmes de Victor Hugo, M. Vigne, responsable du département des Lettres et l'équipe de cuisine belge. Le matériel pédagogique était réduit à deux manuels pour douze élèves. La nuit, la Home Guard, composée d'anciens combattants de 1914-1918 patrouillait la campagne et guettait la moindre trace de lumière. Une nuit, cinq élèves déclencheront l'alerte au village. Ils s'étaient recouverts de draps blancs pour venir effrayer les filles de l'internat. Bientôt, des éclats de rire et des hululements retentiront à travers la campagne ; les filles, curieuses, tireront leurs rideaux, laissant passer la lumière. Très vite, ce sera la panique : la Home Guard en action, craignant un raid de parachutistes, les cinq malandrins pédalant sur leurs vélos pour s'enfuir, pris en chasse par l'intendant du lycée en voiture qui s'empressa de rejoindre la maison des garçons pour voir qui n'était pas dans son lit. Le lendemain, le policier du village était au côté de Mme Oakshot en train de mener une enquête. Le coupable, celui qui était l'instigateur de l'affaire, se dénonça. Il s'agissait d'un jeune aviateur de la France Libre qui était venu voir son frère. L'affaire fut abandonnée sur le-champ, au niveau judiciaire, mais deux élèves furent renvoyés.

Un autre soir, les filles seront privées d'électricité, les garçons avaient enlevé les fusibles de leur bâtiment. Des officiers en uniforme étaient chargés de faire passer les oraux d'examen. M. Saurat se déplaçait pour présider la distribution des prix. Ce jour-là, des pièces de théâtre étaient montées par les élèves. On donna Les Jours heureux, Ces dames au chapeau vert. Les jeunes filles tchèques organisèrent une soirée de danses folkloriques. Le sport joua un rôle important dans la vie des lycéens du Cumberland. Leurs équipes de football et de rugby affrontèrent d'autres équipes locales et deux fois par an celle des professeurs.
Le samedi, les grands étaient autorisés à aller faire des courses à la ville la plus proche, Penrith, où il y avait un cinéma. A Noël, on organisait la revue des élèves, suivie en été de celle des enseignants. Ces revues étaient sympathiques et ne devaient en aucun cas offusquer Mme Oakshot. Celle des professeurs reprenait des chansons à la mode, avec des paroles nouvelles adaptées aux circonstances :

" A Hallsteads, Rampsbeck, Waterfoot,
Faut voir nos gars, les deux mains dans les poches,
Le nez bleui, tout transis dans la boue
Et l'ouragan qui les bourre de taloches
Et balaie le lac de Rampsbeck à Waterfoot "

Et à propos du pub, jugement à la française :
" Gin in it, bière blonde ou noire
Ça ne vaut pas un petit muscadet
Mais ce lac est si loin de la Loire
Qui m'attend au pays breton "

Bien entendu, de temps en temps, on faisait une virée au pub The Brackenrigg Inn, un ancien relais de diligences, pour célébrer des anniversaires ou se dire au revoir avant de retrouver les dangers de la guerre, ou encore dépenser la recette d'une pièce de théâtre. Certains de ces filles et de ses garçons, le bac en poche,
iront mourir en France occupée. Il ne faut surtout pas l'oublier. Tous se souviennent avec émotion de la journée où le lycée apprit la victoire d'El-Alamein en novembre 1942. Mme Oakshot annonça la nouvelle aux élèves qui ne cachèrent pas leur joie.
En enfonçant l'Africa Korps de Rommel, Montgomery força les Allemands à quitter l'Afrique du Nord. Tout le lycée se rendit à un service religieux dans l'église Saint Andrew's de Penrith. À cette occasion, M. Salaun avait revêtu son uniforme de la Home Guard.

Les chevaliers du ciel

Les élèves de terminale quittèrent la vie calme qui régnait autour du lac Ullswater et vinrent en 1944 préparer leur bac à Londres, au lycée, véritable îlot militaire dans un quartier menacé à tout moment par les bombes volantes nazies. Il suffit de reprendre les rapports de la police pour se rendre compte des dangers que connut South Kensington entre 1940 et 1945. Chaque incident était répertorié sur une fiche qui portait le nombre de victimes, le type de bombe et l'inventaire des dommages subis. C'est ainsi qu'on apprend qu'un grand nombre de bombes incendiaires frappèrent Collingham Road, les jardins du National History Museum, des maisons de De Vere Gardens. Mais le 17 juillet 1944, un V1 s'écrasant sur Baden Powell House rasera le 35 Cromwell Road, soufflant les fenêtres de Bute Street et fissurant plusieurs habitations.

Aux dires des anciens, l'image du quartier n'a pas beaucoup changé. Le long de Harrington Road, on comptait deux épiceries, un fruitier, un antiquaire, un opticien. Les Scouts de la France Libre occupaient un étage au-dessus de l'actuelle librairie La Page. Les oeuvres sociales de la chambre de commerce française de Grande-Bretagne, aidant de nombreux réfugiés français, s'installeront à côté de chez Daquise. Déjà dans Bute Street, on comptait des commerces français et en particulier la quincaillerie française, tenue par M.Pinnet. À la place du French Bookshop, il y avait une boulangerie qui proposait des croissants. Sa patronne, Mme Laurestre s'était installée là en 1922, ne supportant plus Soho. Le Zetland Arms, anciennement tenu par Sydney, le frère de Charlie Chaplin, est le dernier commerce d'origine du quartier. Ses caves servaient à l'époque d'abri. Le pub fera la une des journaux populaires grâce à un fantôme, plutôt un poltergeist, qui chaque nuit cassait les verres et les assiettes derrière le bar. Le coiffeur Jean Angiola qui tenait salon au numéro 10 était réputé pour ses " permanentes à la parisienne ". Agatha Christie habitait 22 Creswell Place. Un marchand de journaux, M. Nielsen vendait la presse étrangère au coin de Queensberry Way. Un restaurant Lyons se trouvait à la place de la pâtisserie Paul. Une cantine militaire pour les troupes américaines occupait ce qui est devenu le Comptoir libanais. The Hoop and Toy existait déjà. Le plus vieil endroit du quartier est sans doute le restaurant Daquise, à l'époque un petit bistrot joliment nommé Kiss Kiss Cupboard, surveillé de près par les détectives privés car il s'agissait d'un lieu de rendezvous pour couples illicites.

Désormais le lycée était devenu le quartier général des Forces françaises aériennes libres. Le général Martial Valin, originaire de Limoges, installé au troisième étage de l'établissement, dans ce qui est aujourd'hui le bureau des professeurs de Français, dirige les opérations. Il avait commencé sa carrière, comme simple soldat, dans les batailles de la guerre de 1914-1918, ensuite il fera Saint- Cyr et décidera de passer dans l'aviation en 1922. Il sera promu chef d'escadrille en 1929. En 1939, Martial Valin avait été affecté à la mission militaire française à Rio. Dès l'Appel, il cherchera à rejoindre de Gaulle mais n'atteindra Londres qu'en 1941. Il sera l'un des organisateurs des unités de parachutistes qui, alors, dépendaient de l'armée de l'air. Enfin, il fera partie du Comité national français en tant que commissaire aux Affaires aériennes.
L'État-major des unités aéroportées était installé à l'Institut. Le rond-point du lycée n'existait pas, une rue coupait le terrain bombardé de ce qui est devenu la cour du primaire. Le numéro 35, ensemble de maisons victoriennes, n'était plus qu'un amas de ruines.

Dans les couloirs de l'établissement, on croisait des filles et des garçons en uniforme. Les aviateurs utilisaient le lycée pour leurs services administratifs, mais également comme lieu de détente pour les permissionnaires. Deux petites salles avaient été affectées aux élèves qui préparaient un bac philo ou maths. Aujourd'hui, elles n'en font plus qu'une puisqu'il s'agit de la grande salle d'étude des collégiens. Une partie des réfectoires était devenue ce que tout le monde appelait " La Popote de l'aviation ". On y avait
installé un bar où le samedi les élèves de terminale pouvaient acheter des bouteilles d'excellent vin d'Algérie pour la modique somme de cinq pence. Les anciens se souviennent de ces jeunes aviateurs qui avaient gardé leur magnifique uniforme bleu-marine d'avant-guerre et qui, le temps d'une accalmie, adoraient danser.
Parmi eux, on comptait les pilotes du groupe de chasse Alsace, les paras du Bataillon du ciel, les pilotes des bombardiers du groupe Lorraine. Les élèves ont sans doute croisé dans ces soirées Kessell, Clostermann, Philippe de Scitivaux, Romain Gary, Pierre Mendès France et bien d'autres encore, dont certains comme Jacques- Henri Schloessing, René Mouchotte, François de Labouchère, Charles Guérin, Maurice Choron finiront dans leur avion en flammes…

Le groupe Lorraine, auquel appartenaient Romain Gary et Pierre Mendès France, s'envolant du camp de Hartford bridge, en 1943, ira détruire la centrale électrique de Chevilly-Larue, au sud de Paris. Romain Gary, dont le vrai nom était Romain Kacew, portera à son actif plus de sept cents heures de vol. Navigateur, il vola aussi bien au-dessus du désert de Libye que de la France occupée. Il apprendra vite l'esprit de l'escadrille où seules comptaient les belles valeurs de courage, de solidarité et de camaraderie. Juif, plutôt doté d'un esprit libertaire, casse-cou, Gary n'hésitera pas, pour avoir la permission de voler, à affronter de Gaulle en personne dans son bureau. Il écrira la nuit son premier roman, Une Éducation européenne, dans sa petite chambre du terrain d'aviation de Hartford bridge. Chaque matin, frais et dispos, Gary s'envolera à bord de l'un des Boston de l'escadrille pour des missions de jour très dangereuses. Il sera fait Compagnon de la Libération. En 1978, Romain Gary pourra dire à Jacques Chancel dans son émission de radio : " Ma saison a été la France Libre… Sans ça, je serais devenu hôtelier sur la Côte d'Azur ".

Les douze pilotes de chasse basés au terrain militaire de Biggin Hill seront de féroces combattants tout au long de la bataille d'Angleterre, maîtrisant Hurricanes et Spitfires, avec brio. Clostermann, mille fois décoré, terminera la guerre sur l'un des chasseurs les plus performants de l'époque, le Hawker Tempest qui pouvait voler à cinq mille mètres et à une vitesse de sept cent trente-cinq kilomètres-heure. Il avait surtout été conçu pour la chasse aux V1.
Il est important de rappeler aux lecteurs que la première mission de l'aviation de la France Libre se déroula neuf jours après sa création le 8 juillet 1940. En effet, dans la nuit du 16 au 17 juillet, un équipage français, à bord d'un Wellington de la RAF bombardait la Ruhr. Les trois aviateurs étaient le lieutenant Roque, le lieutenant Jacob et le sergent Morel. Eux-aussis fréquentèrent note lycée pendant leur sejour londonien.


Tiré de son ouvrage Londres au fil de la France Libre Editions Keswick

Le prix littéraire Charles de Gaulle au LFCG

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Le Prix de Gaulle, en 2020, c'est 5 classes de 2nde, 5 romans récents, des rencontres avec des auteurs/autrices et un partenariat avec une librairie. Ce Prix est destiné aux lycéens et est porté conjointement par des enseignantes de Lettres et des enseignantes documentalistes avec des libraires de la Librairie La Page. Il permet aux élèves de découvrir des romans contemporains (tous parus en 2019 pour le Prix 2020). 

Pourquoi depuis 2019 le Lycée français Charles de Gaulle de Londres a-t-il créé un Prix Littéraire ?

Le Général a toujours entretenu des rapports étroits avec la littérature et ses meilleurs auteurs. Il est rentré dans la collection Pléiade en 2000 ce qui l'a définitivement consacré comme écrivain. D 'ailleurs ne faut-il pas avoir un certain sens de la fiction pour imaginer ce qui pourrait advenir de la France après la débâcle de mai 1940 ? A cette époque, il n'est rien et c'est par le verbe, avec l'appel du 18 Juin, qu'il va exister.

Qu'en était-il de ses lectures ?

Selon son fils, le Général lisait encore trois livres par semaine lorsqu'il était à l'Elysée. "Le plus beau métier du monde, c'est d'être bibliothécaire... Une bibliothèque municipale dans une petite ville de Bretagne, à Pontivy... Quel bonheur !" a-t-il confié un jour à son aide de camp, François Coulet, dans les rues de Londres. Dans sa bibliothèque personnelle à Colombey. Outre des Mémoires d'hommes politiques, de militaires ou d'historiens, tels que Churchill, Joffre ou Michelet, bien sûr, on y trouve surtout des ouvrages de littérature : tout Chateaubriand, tout Barrès, mais aussi Giraudoux, Camus, Aragon et même Courteline, et pour la littérature étrangère, Kipling, Hemingway, Buzzati .

Plus surprenant

Il a entretenu une correspondance confidentielle avec le poète Pierre Jean Jouve, . Il existe 77 lettres de Charles de Gaulle à ce poète considéré comme plutôt hermétique qui, tout comme Albert Cohen, avait composé un admirable texte sur le Général. Les lettres que de Gaulle adresse à Pierre Jean Jouve sont tout sauf convenues. Faisant allusion à des phrases de « Ténèbre », en 1965, il commente : "Quel est ce monde sombre où leur harmonie entraîne ? Le nôtre ou bien l'autre ?" Sa fidélité ne se démentira pas : "Détaché de tout, je le suis moins que jamais de vous", lui écrit-il par exemple le 6 octobre 1970, un mois avant sa mort.

Il détectera aussi très tôt le talent de Le Clézio

Charles de Gaulle ne goûtait pas particulièrement la littérature d'avant-garde, mais il a apprécié la lecture du Procès-verbal, en 1963. "Votre livre m'a entraîné dans un autre monde, le vrai très probablement", écrit-il au futur Prix Nobel, ajoutant, prémonitoire : "Comme tout commence pour vous, cette promenade aura des suites. Tant mieux ! Car vous avez bien du talent."

Le livre lauréat du Prix de Gaulle 2019 était Vies déposées de Tom-Louis Teboul ( éditions du Seuil) : l'odyssée de trois personnes cabossées par la vie dans le Paris d'aujourd'hui.

Le livre lauréat du Prix de Gaulle 2020 a été attribué à Olivier Dorchamps pour son roman "Ceux que je suis" aux Editions Finitude.
Les élèves de 5 classes de 2nde (2nde1, 2de2, 2nde, 2nde5, 2nde6, 2nde8), ainsi que des enseignants et les libraires de La Page ont voté pour choisir leur roman préféré parmi 5 titres en lice. Olivier Dorchamps a été désigné lauréat du Prix 2020 avec 45 voix sur 128

Pour plus d'informations, rendez-vous ici!

Red Arrows et Patrouille de France

Pour la commémoration des 80 ans de l'appel du 18 juin, les Red Arrows et la Patrouille de France passeront au-dessus de Londres entre 16h50 et 17h10 :

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Célébré chaque année depuis 1941, l'appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle est devenu un symbole du refus de la défaite et des conséquences dramatiques de l'armistice. Nous commémorons aujourd'hui les 80 ans de cette date particulièrement chère à notre établissement. Malgré les circonstances exceptionnelles, chacun et chacune ont tenu à participer à cet émouvant et important anniversaire. Merci à eux pour leurs contributions qui nous permettent de nous souvenir, ensemble, de ce moment historique.

  1. L'adresse de Didier Devilard, Proviseur
  2. La participation musicale de nos élèves
  3. L'appel du 18 juin revisité par nos élèves d'options art & théâtre
  4. Le parcours du Général de Gaulle illustré par nos élèves (cours histoire géographie)
  5. L'hommage de Brigitte Williams, Déléguée Grande Bretagne de la Fondation de la France Libre
  6. Un lycée en guerre, par Eric Simon, écrivain et producteur de radio
  7. Le prix littéraire Charles de Gaulle au LFCG
  8. Red Arrows et Patrouille de France

 

L'adresse de Didier Devilard, Proviseur

 

La participation musicale de nos élèves

 

La Marseillaise est interprétée par Olivia Busslinger 

 

Le chant des partisans est interprété par Joséphine Potter

 

 

L'appel du 18 juin revisité par nos élèves d'options art & théâtre 

 

Le parcours du Général de Gaulle illustré par nos élèves (cours histoire géographie)

 

 

 L'hommage de Brigitte Williams, Déléguée Grande Bretagne de la Fondation de la France Libre

 

 

"Suite à ma rencontre de marins Français-Libres restés à Londres, j'ai pu découvrir, à leurs côtés, cette période historique importante et passionnante: “l’Epopée glorieuse de la France-Libre”.. Après leur disparition, j'ai souhaité m'engager pour perpétuer la mémoire de ces anonymes de la Grande Histoire dont la participation à ces événements fut capitale.

Grâce à la passion qui m'animait, je suis parvenue à mon but, 13 ans après l'avoir entrepris : honorer mes amis ainsi que leur chef, le général de Gaulle. C'est ainsi que les vitrines et bornes interactives ont été créées au Lycée, financées par la "Fondation de la France-Libre" et (dont) le contenu des bornes a été alimenté par la Fondation Charles de Gaulle. Il y a 10 ans, pour le 70ème Anniversaire de l’Appel, ce projet était inauguré le 11 Juin 2010. Alors déléguée pour la Fondation de la France-Libre, j'étais heureuse de pouvoir offrir ce cadeau au Lycée : un lieu de Devoir de Mémoire pour les élèves, professeurs et visiteurs qui peuvent ainsi apprécier le contenu des vitrines.

Vitrine CDG Hall 35  

C’est donc toujours avec grande émotion que j’inaugure une vitrine chaque année, car chacune rappelle le prix payé par le général de Gaulle et celles et ceux, tout jeunes qu'ils étaient, qui avaient répondu à son Appel. La création de chaque vitrine est un travail de recherche qui s'étend sur 3 à 4 mois une fois le sujet/thème choisi. Je vis dans l’émotion de ces moments-là et je m'en imprègne afin de raconter leur histoire avec des photos sous-titrées qui se lit comme un Storyboard.
Ce qui est émouvant et qui m'intéresse le plus dans ces parcours, c'est l'aspect humain, l'émotion, le sacrifice que ces personnes ont connu.
Par exemple ce que beaucoup de personnes oublient et pour la plupart ne connaissent pas, c'est que lors de son départ de France, le général de Gaulle est devenu Traître à la Nation, passible d’exécution et a vu toutes ses propriétés confisquées. Il est ainsi parti en laissant sa famille en France et en craignant bien évidemment pour elle. Il en est de même pour tous les français-libres, marins mais surtout aviateurs, qui devaient alors prendre une autre identité, leurs familles étant exposées à de trop gros risques s'ils venaient à être pris. Imaginez cette double charge émotionnelle : loin du pays et de la famille tout en risquant leurs vies!

Nous devons beaucoup à nos alliés mais je me permets, de temps en temps, de rappeler ce prix que les français, venant les aider ici en Grande Bretagne en défendant ce pays aussi, ont dû payer."

la france libre fleurs gp

 

Un lycée en guerre,

par Eric Simon, écrivain et producteur de radio

 

Au début de la guerre, Mme Thérèse Oakshot, agrégée d'histoire, dirigeait les études du lycée. Mariée à un Anglais, c'était une personne assez fine, toujours élégante et qui parlait la langue de Shakespeare avec un fort accent français. Sévère, elle était néanmoins très aimée de ses élèves qui étaient maintenant, du primaire au secondaire, un peu plus d'une centaine. Effrayée par les bombardements qui pourraient atteindre Londres, en accord avec ses autorités hiérarchiques, Mme Oakshot fit d'abord évacuer son lycée à Cambridge, ville qui subira de sévères bombardements. C'est alors que l'établissement reprendra son chemin d'exil pour arriver sur les bords du lac Ullswater, dans le Cumberland, au-dessus de Liverpool. Région montagneuse et verte, ayant la réputation d'être la plus arrosée d'Angleterre, la région des Lacs est pourtant magnifique. Il faut la parcourir en automne sous le ciel de l'été indien et en hiver lorsque les lacs et la forêt brillent sous le gel et le soleil. Les parcelles de terrains sont séparées par des murets de pierre. En marchant, on se retrouve assez vite dans l'atmosphère du roman d'Emily Brontë Les Hauts de Hurlevent. C'est un pays de légendes où la nuit sortent les fées, les diligences fantômes et les lutins, gardiens des trésors d'antan. 

En 1940, lorsque les professeurs et leurs élèves, toutes nationalités confondues, Tchèques, Polonais, Belges, Américains, Arméniens, Irlandais et Français, s'installent dans le Cumberland, la guerre dans ce paysage campagnard et boisé semblait lointaine. De nombreux lycéens avaient sans doute lu les contes de Miss Potter, comme Les Aventures de Pierre Lapin ou Le Petit Tailleur de Gloucester.

Margaret Hind, ancienne élève, dix ans en 1940, se souvient: " J'avais quitté la France avec ma famille en septembre 1939, après le décès de mon père, expert-comptable, travaillant pour une firme anglaise installée à Paris. Nous habitions Saint-Cloud et je vous avoue que ce fut un choc de quitter mes petites amies et mon environnement. De plus, j'allais vite me retrouver loin de ma mère et de ma soeur. Ce fut très dur mon arrivée au lycée… Ma grand-mère m'avait accompagnée dans le train. À l'époque le trajet était d'une durée de douze heures. On s'arrêtait souvent pour laisser passer les transports de troupes. Au début, je détestais cette école, mais je m'habituerai doucement. Les filles étaient logées à Rampsbeck dans une maison bourgeoise, avec un hangar à bateaux, des dépendances, une véranda. Nous étions deux filles par chambre, sans chauffage. On se réchauffait avec des bouillottes. Nous avions droit à un bain par semaine. Chaque jour, il y avait deux heures d'études obligatoires, une avant le dîner et une autre après. On se retrouvait l'hiver devant le feu de cheminée de la salle commune. On se débrouillait… ".

Ainsi allait la vie du lycée. Les élèves participaient à des promenades dans la campagne. Les scouts et les guides leur apprenaient les jeux de piste, la vie au grand air. La nourriture était certes rationnée, mais on pouvait manger des légumes, du poisson du lac et beaucoup de gibier. Les garçons habitaient au bout du lac, à Waterfoot Lodge, un grand chalet. A la fin du premier trimestre, ils prendront leurs quartiers à Ravenscragg. Les garçons de terminale vivaient chez l'habitant, dans les fermes. Très stricte en la matière, Thérèse Oakshot admettait que les grandes classes puissent être mixtes, mais elle s'arrangeait pour que les cours de récréation soient strictement séparées. Pourtant, le samedi, on organisait des soirées dansantes. Dans les grandes classes, les filles seront obligées de faire trois miles chaque jour dans les deux sens pour prendre leurs cours chez les garçons. Les parents venaient rarement rendre visite à leurs enfants qui, aux vacances, passaient des moments merveilleux dans la région. Jadis, autour de Ullswater, Beatrix Potter écrivit ses contes et William Wordsworth ses poésies. L'hiver, on faisait du ski et de la luge sur les pentes. Les professeurs enseignaient aussi bien que dans une classe chauffée de South Kensington.

Les anciens parlent d'eux toujours avec admiration. Ils se souviennent du censeur, M. Hughe qui vivait à Waterford avec son épouse et ses deux filles handicapées, de Mlle Béguin, la professeure de maths aux idées féministes, de M. Laurent, le jeune enseignant de physique, de M. Salaun, le maître d'anglais et de géographie, de Mlle Dorelle et de ses cours d'espagnol. Sur l'album de photos du temps passé, il y a aussi Mlle Belange, l'enseignante de français qui connaissait par coeur les poèmes de Victor Hugo, M. Vigne, responsable du département des Lettres et l'équipe de cuisine belge. Le matériel pédagogique était réduit à deux manuels pour douze élèves. La nuit, la Home Guard, composée d'anciens combattants de 1914-1918 patrouillait la campagne et guettait la moindre trace de lumière. Une nuit, cinq élèves déclencheront l'alerte au village. Ils s'étaient recouverts de draps blancs pour venir effrayer les filles de l'internat. Bientôt, des éclats de rire et des hululements retentiront à travers la campagne ; les filles, curieuses, tireront leurs rideaux, laissant passer la lumière. Très vite, ce sera la panique : la Home Guard en action, craignant un raid de parachutistes, les cinq malandrins pédalant sur leurs vélos pour s'enfuir, pris en chasse par l'intendant du lycée en voiture qui s'empressa de rejoindre la maison des garçons pour voir qui n'était pas dans son lit. Le lendemain, le policier du village était au côté de Mme Oakshot en train de mener une enquête. Le coupable, celui qui était l'instigateur de l'affaire, se dénonça. Il s'agissait d'un jeune aviateur de la France Libre qui était venu voir son frère. L'affaire fut abandonnée sur le-champ, au niveau judiciaire, mais deux élèves furent renvoyés.

Un autre soir, les filles seront privées d'électricité, les garçons avaient enlevé les fusibles de leur bâtiment. Des officiers en uniforme étaient chargés de faire passer les oraux d'examen. M. Saurat se déplaçait pour présider la distribution des prix. Ce jour-là, des pièces de théâtre étaient montées par les élèves. On donna Les Jours heureux, Ces dames au chapeau vert. Les jeunes filles tchèques organisèrent une soirée de danses folkloriques. Le sport joua un rôle important dans la vie des lycéens du Cumberland. Leurs équipes de football et de rugby affrontèrent d'autres équipes locales et deux fois par an celle des professeurs.
Le samedi, les grands étaient autorisés à aller faire des courses à la ville la plus proche, Penrith, où il y avait un cinéma. A Noël, on organisait la revue des élèves, suivie en été de celle des enseignants. Ces revues étaient sympathiques et ne devaient en aucun cas offusquer Mme Oakshot. Celle des professeurs reprenait des chansons à la mode, avec des paroles nouvelles adaptées aux circonstances :

" A Hallsteads, Rampsbeck, Waterfoot,
Faut voir nos gars, les deux mains dans les poches,
Le nez bleui, tout transis dans la boue
Et l'ouragan qui les bourre de taloches
Et balaie le lac de Rampsbeck à Waterfoot "

Et à propos du pub, jugement à la française :
" Gin in it, bière blonde ou noire
Ça ne vaut pas un petit muscadet
Mais ce lac est si loin de la Loire
Qui m'attend au pays breton "

Bien entendu, de temps en temps, on faisait une virée au pub The Brackenrigg Inn, un ancien relais de diligences, pour célébrer des anniversaires ou se dire au revoir avant de retrouver les dangers de la guerre, ou encore dépenser la recette d'une pièce de théâtre. Certains de ces filles et de ses garçons, le bac en poche,
iront mourir en France occupée. Il ne faut surtout pas l'oublier. Tous se souviennent avec émotion de la journée où le lycée apprit la victoire d'El-Alamein en novembre 1942. Mme Oakshot annonça la nouvelle aux élèves qui ne cachèrent pas leur joie.
En enfonçant l'Africa Korps de Rommel, Montgomery força les Allemands à quitter l'Afrique du Nord. Tout le lycée se rendit à un service religieux dans l'église Saint Andrew's de Penrith. À cette occasion, M. Salaun avait revêtu son uniforme de la Home Guard.

Les chevaliers du ciel

Les élèves de terminale quittèrent la vie calme qui régnait autour du lac Ullswater et vinrent en 1944 préparer leur bac à Londres, au lycée, véritable îlot militaire dans un quartier menacé à tout moment par les bombes volantes nazies. Il suffit de reprendre les rapports de la police pour se rendre compte des dangers que connut South Kensington entre 1940 et 1945. Chaque incident était répertorié sur une fiche qui portait le nombre de victimes, le type de bombe et l'inventaire des dommages subis. C'est ainsi qu'on apprend qu'un grand nombre de bombes incendiaires frappèrent Collingham Road, les jardins du National History Museum, des maisons de De Vere Gardens. Mais le 17 juillet 1944, un V1 s'écrasant sur Baden Powell House rasera le 35 Cromwell Road, soufflant les fenêtres de Bute Street et fissurant plusieurs habitations.

Aux dires des anciens, l'image du quartier n'a pas beaucoup changé. Le long de Harrington Road, on comptait deux épiceries, un fruitier, un antiquaire, un opticien. Les Scouts de la France Libre occupaient un étage au-dessus de l'actuelle librairie La Page. Les oeuvres sociales de la chambre de commerce française de Grande-Bretagne, aidant de nombreux réfugiés français, s'installeront à côté de chez Daquise. Déjà dans Bute Street, on comptait des commerces français et en particulier la quincaillerie française, tenue par M.Pinnet. À la place du French Bookshop, il y avait une boulangerie qui proposait des croissants. Sa patronne, Mme Laurestre s'était installée là en 1922, ne supportant plus Soho. Le Zetland Arms, anciennement tenu par Sydney, le frère de Charlie Chaplin, est le dernier commerce d'origine du quartier. Ses caves servaient à l'époque d'abri. Le pub fera la une des journaux populaires grâce à un fantôme, plutôt un poltergeist, qui chaque nuit cassait les verres et les assiettes derrière le bar. Le coiffeur Jean Angiola qui tenait salon au numéro 10 était réputé pour ses " permanentes à la parisienne ". Agatha Christie habitait 22 Creswell Place. Un marchand de journaux, M. Nielsen vendait la presse étrangère au coin de Queensberry Way. Un restaurant Lyons se trouvait à la place de la pâtisserie Paul. Une cantine militaire pour les troupes américaines occupait ce qui est devenu le Comptoir libanais. The Hoop and Toy existait déjà. Le plus vieil endroit du quartier est sans doute le restaurant Daquise, à l'époque un petit bistrot joliment nommé Kiss Kiss Cupboard, surveillé de près par les détectives privés car il s'agissait d'un lieu de rendezvous pour couples illicites.

Désormais le lycée était devenu le quartier général des Forces françaises aériennes libres. Le général Martial Valin, originaire de Limoges, installé au troisième étage de l'établissement, dans ce qui est aujourd'hui le bureau des professeurs de Français, dirige les opérations. Il avait commencé sa carrière, comme simple soldat, dans les batailles de la guerre de 1914-1918, ensuite il fera Saint- Cyr et décidera de passer dans l'aviation en 1922. Il sera promu chef d'escadrille en 1929. En 1939, Martial Valin avait été affecté à la mission militaire française à Rio. Dès l'Appel, il cherchera à rejoindre de Gaulle mais n'atteindra Londres qu'en 1941. Il sera l'un des organisateurs des unités de parachutistes qui, alors, dépendaient de l'armée de l'air. Enfin, il fera partie du Comité national français en tant que commissaire aux Affaires aériennes.
L'État-major des unités aéroportées était installé à l'Institut. Le rond-point du lycée n'existait pas, une rue coupait le terrain bombardé de ce qui est devenu la cour du primaire. Le numéro 35, ensemble de maisons victoriennes, n'était plus qu'un amas de ruines.

Dans les couloirs de l'établissement, on croisait des filles et des garçons en uniforme. Les aviateurs utilisaient le lycée pour leurs services administratifs, mais également comme lieu de détente pour les permissionnaires. Deux petites salles avaient été affectées aux élèves qui préparaient un bac philo ou maths. Aujourd'hui, elles n'en font plus qu'une puisqu'il s'agit de la grande salle d'étude des collégiens. Une partie des réfectoires était devenue ce que tout le monde appelait " La Popote de l'aviation ". On y avait
installé un bar où le samedi les élèves de terminale pouvaient acheter des bouteilles d'excellent vin d'Algérie pour la modique somme de cinq pence. Les anciens se souviennent de ces jeunes aviateurs qui avaient gardé leur magnifique uniforme bleu-marine d'avant-guerre et qui, le temps d'une accalmie, adoraient danser.
Parmi eux, on comptait les pilotes du groupe de chasse Alsace, les paras du Bataillon du ciel, les pilotes des bombardiers du groupe Lorraine. Les élèves ont sans doute croisé dans ces soirées Kessell, Clostermann, Philippe de Scitivaux, Romain Gary, Pierre Mendès France et bien d'autres encore, dont certains comme Jacques- Henri Schloessing, René Mouchotte, François de Labouchère, Charles Guérin, Maurice Choron finiront dans leur avion en flammes…

Le groupe Lorraine, auquel appartenaient Romain Gary et Pierre Mendès France, s'envolant du camp de Hartford bridge, en 1943, ira détruire la centrale électrique de Chevilly-Larue, au sud de Paris. Romain Gary, dont le vrai nom était Romain Kacew, portera à son actif plus de sept cents heures de vol. Navigateur, il vola aussi bien au-dessus du désert de Libye que de la France occupée. Il apprendra vite l'esprit de l'escadrille où seules comptaient les belles valeurs de courage, de solidarité et de camaraderie. Juif, plutôt doté d'un esprit libertaire, casse-cou, Gary n'hésitera pas, pour avoir la permission de voler, à affronter de Gaulle en personne dans son bureau. Il écrira la nuit son premier roman, Une Éducation européenne, dans sa petite chambre du terrain d'aviation de Hartford bridge. Chaque matin, frais et dispos, Gary s'envolera à bord de l'un des Boston de l'escadrille pour des missions de jour très dangereuses. Il sera fait Compagnon de la Libération. En 1978, Romain Gary pourra dire à Jacques Chancel dans son émission de radio : " Ma saison a été la France Libre… Sans ça, je serais devenu hôtelier sur la Côte d'Azur ".

Les douze pilotes de chasse basés au terrain militaire de Biggin Hill seront de féroces combattants tout au long de la bataille d'Angleterre, maîtrisant Hurricanes et Spitfires, avec brio. Clostermann, mille fois décoré, terminera la guerre sur l'un des chasseurs les plus performants de l'époque, le Hawker Tempest qui pouvait voler à cinq mille mètres et à une vitesse de sept cent trente-cinq kilomètres-heure. Il avait surtout été conçu pour la chasse aux V1.
Il est important de rappeler aux lecteurs que la première mission de l'aviation de la France Libre se déroula neuf jours après sa création le 8 juillet 1940. En effet, dans la nuit du 16 au 17 juillet, un équipage français, à bord d'un Wellington de la RAF bombardait la Ruhr. Les trois aviateurs étaient le lieutenant Roque, le lieutenant Jacob et le sergent Morel. Eux-aussis fréquentèrent note lycée pendant leur sejour londonien.


Tiré de son ouvrage Londres au fil de la France Libre Editions Keswick

Le prix littéraire Charles de Gaulle au LFCG

2e me e dition Prix de Gaulle 1

 

Le Prix de Gaulle, en 2020, c'est 5 classes de 2nde, 5 romans récents, des rencontres avec des auteurs/autrices et un partenariat avec une librairie. Ce Prix est destiné aux lycéens et est porté conjointement par des enseignantes de Lettres et des enseignantes documentalistes avec des libraires de la Librairie La Page. Il permet aux élèves de découvrir des romans contemporains (tous parus en 2019 pour le Prix 2020). 

Pourquoi depuis 2019 le Lycée français Charles de Gaulle de Londres a-t-il créé un Prix Littéraire ?

Le Général a toujours entretenu des rapports étroits avec la littérature et ses meilleurs auteurs. Il est rentré dans la collection Pléiade en 2000 ce qui l'a définitivement consacré comme écrivain. D 'ailleurs ne faut-il pas avoir un certain sens de la fiction pour imaginer ce qui pourrait advenir de la France après la débâcle de mai 1940 ? A cette époque, il n'est rien et c'est par le verbe, avec l'appel du 18 Juin, qu'il va exister.

Qu'en était-il de ses lectures ?

Selon son fils, le Général lisait encore trois livres par semaine lorsqu'il était à l'Elysée. "Le plus beau métier du monde, c'est d'être bibliothécaire... Une bibliothèque municipale dans une petite ville de Bretagne, à Pontivy... Quel bonheur !" a-t-il confié un jour à son aide de camp, François Coulet, dans les rues de Londres. Dans sa bibliothèque personnelle à Colombey. Outre des Mémoires d'hommes politiques, de militaires ou d'historiens, tels que Churchill, Joffre ou Michelet, bien sûr, on y trouve surtout des ouvrages de littérature : tout Chateaubriand, tout Barrès, mais aussi Giraudoux, Camus, Aragon et même Courteline, et pour la littérature étrangère, Kipling, Hemingway, Buzzati .

Plus surprenant

Il a entretenu une correspondance confidentielle avec le poète Pierre Jean Jouve, . Il existe 77 lettres de Charles de Gaulle à ce poète considéré comme plutôt hermétique qui, tout comme Albert Cohen, avait composé un admirable texte sur le Général. Les lettres que de Gaulle adresse à Pierre Jean Jouve sont tout sauf convenues. Faisant allusion à des phrases de « Ténèbre », en 1965, il commente : "Quel est ce monde sombre où leur harmonie entraîne ? Le nôtre ou bien l'autre ?" Sa fidélité ne se démentira pas : "Détaché de tout, je le suis moins que jamais de vous", lui écrit-il par exemple le 6 octobre 1970, un mois avant sa mort.

Il détectera aussi très tôt le talent de Le Clézio

Charles de Gaulle ne goûtait pas particulièrement la littérature d'avant-garde, mais il a apprécié la lecture du Procès-verbal, en 1963. "Votre livre m'a entraîné dans un autre monde, le vrai très probablement", écrit-il au futur Prix Nobel, ajoutant, prémonitoire : "Comme tout commence pour vous, cette promenade aura des suites. Tant mieux ! Car vous avez bien du talent."

Le livre lauréat du Prix de Gaulle 2019 était Vies déposées de Tom-Louis Teboul ( éditions du Seuil) : l'odyssée de trois personnes cabossées par la vie dans le Paris d'aujourd'hui.

Le livre lauréat du Prix de Gaulle 2020 a été attribué à Olivier Dorchamps pour son roman "Ceux que je suis" aux Editions Finitude.
Les élèves de 5 classes de 2nde (2nde1, 2de2, 2nde, 2nde5, 2nde6, 2nde8), ainsi que des enseignants et les libraires de La Page ont voté pour choisir leur roman préféré parmi 5 titres en lice. Olivier Dorchamps a été désigné lauréat du Prix 2020 avec 45 voix sur 128

Pour plus d'informations, rendez-vous ici!

Red Arrows et Patrouille de France

Pour la commémoration des 80 ans de l'appel du 18 juin, les Red Arrows et la Patrouille de France passeront au-dessus de Londres entre 16h50 et 17h10 :

Red Arrows 1592463365631

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